Le seigneur des porcheries

Sous-titré, « le temps est venu de tuer le veau gras et d’armer les justes » (Caramba, viva la Revolucion!) Titre original : Lord of the Barnyard: Killing the Fatted Calf and Arming the Aware in the Corn Belt. Publié en France en 1998 chez Gallimard. On le trouve en poche Folio.  

Œuvre forte, bien que, comme l’indique le prénom de l’auteur, plus sombre et pessimiste que le roman de J.K Toole,  Le seigneur des porcheries se situe dans un village de la corn belt engoncé dans le conservatisme, le racisme, l’homophobie, l’alcoolisme et la bigoterie ( l’Amérique de Trump…) Un environnement qui transforme John, le héros du roman, en cocotte-minute ambulante.

John Kaltenbrunner se retourne contre une ville, une société qui l’a exclue et dont il ne perçoit que l’absurdité : « Il n’avait aucune idée de ce que signifiaient des liens familiaux. Il était incapable d’imaginer ce que ça faisait d’avoir un oncle, une belle-sœur, trois ou quatre cousins, un plus proche parent. Il s’était convaincu que rien de tout cela n’existait vraiment, que c’était des mensonges inventés par des gens comme Roy Mentzer –des gens qui soutenaient que la voix du sang était toujours la plus forte. Des gens qui organisaient des barbecues le dimanche après-midi et finissaient par se souffler dans les naseaux leur haleine parfumée au gin. Des gens qui allaient ensemble en prison quand leurs granges brûlaient. Des gens qui avaient toutes les raisons de se haïr et de se détruire mutuellement, mais qui restaient quand même solidaires.

Exaspéré par la bêtise poisseuse de sa bourgade, John Kaltenbrunner incarne un génie inquiétant et menaçant. Le point culminant du récit se présente lorsque le héros prend la tête d’un mouvement de révolte des éboueurs de la localité et déclenche un conflit dantesque. Les digressions et jérémiades de John Kaltenbrunner sont hilarantes mais le propos social est plus prégnant que dans le livre de John Kennedy Toole. Le protagoniste principal du Seigneur des porcheries est le paladin qui galvanise ses troupes de pouilleux contre l’injustice et la bêtise. La rédemption des imbéciles ne sera accordée qu’après la destruction de leurs biens. La Sodome moderne est cette bourgade du Middle West et ses archanges purificateurs sont les parias, les rats d’égouts.

J’ai par ailleurs trouvé l’écriture de Tristan Egolf particulièrement dynamique et foisonnante. Il y a peu de place pour l’épure mais dans le cas de ce roman, cela renforce l’énergie de la révolte.

La filiation entre ces deux romans est d’autant plus forte qu’il existe des similitudes entre les destins littéraires de John Kennedy Toole et de Tristan Egolf. Tous deux ont eu une reconnaissance éditoriale et publique tardive et tous deux ont été confrontés à l’incompréhension des professionnels du livre de leur temps.

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